« …et quand ils sont dans son dos, elle conserve un port de reine pour ne pas les emmêler ».


Voilà la fin du carnet bleu.

Commencé il y a deux ans. Écrit en bleu, rouge, noir. Couvert d’une écriture de mouche, presque illisible. Le fameux carnet bleu. La liberté d’y écrire ce que l’on veut, sans le jugement du regard d’autrui. La liberté d’y être soi, sans faire le spectacle autour. Voilà la dernière phrase qui n’arrive qu’au tiers du carnet. Du mini livre loin d’être terminé. Les nombreuses petites pages blanches suivantes, brillantes, immaculées, si nombreuses invitent à écrire la suite. Si suite il y a. Mais depuis quelques mois, je n’écris plus vraiment à la main, voire même plus beaucoup. Dans les stylos, il y a quelque chose qui me rebute et surtout, qui freine ma pensée. Qui ne va pas assez vite. Les limites du poignet quand les doigts courent sur le clavier. Ca ne me correspond pas. Quand t’écris à la main, t’as tendance à te laisser hypnotiser par les signes que tu traces et tu perds l’important, c’est-à-dire ce que tu dis. Et puis, écrire à la main, sur un cahier, sur un joli carnet, sur quelque chose de ce genre, ça fait très adolescente attardée en train de raconter sa vie sur son journal intime. Et j’ai passé ce stade. Je crois.

Dans cette fameuse dernière phrase, je parlais d’une fille, d’une semi inconnue que je voyais tous les jours à la BU. Très grande, très mince, elle avait de très longs cheveux filasses dont elle semblait très fière. Elle déambulait souvent dans l’immense salle, slalomant entre les chaises, les tables, les gens. Elle trainait souvent avec le même garçon, un brun à lunettes (pas très beau) qui passait son temps à renifler, hiver comme été. Il avait l’air sérieux, intelligent et de ce fait, légèrement coincé. Dans cette salle, il y avait aussi le petit chinois, toujours collé à son ordi portable, qui était capable de bosser toute la journée en faisant seulement une petite pause le temps de midi. Les jours où j’étais là aussi, systématiquement, il arrivait avant moi et partait après. Il y avait ces filles voilées des pieds à la tête, nos deux fantômes noirs, qui erraient parmi les livres. Le monsieur qui sentait la transpiration dès huit heures du matin et qui passait son temps à reluquer la poitrine des filles. Tout ça…L’été, la pseudo clim nous soufflait dans le visage. L’hiver, une salle sur deux était surchauffée. Les journées étaient longues et le soir, même si je tentais de sortir au moins deux fois par semaine, je regagnais bien souvent mon petit appartement sous les toits, fatiguée d’avoir tenté toute la journée d’écrire un mémoire inutile. C’était mon décor habituel, ma seconde maison dans laquelle je me sentirais à nouveau étrangère aujourd’hui.

Des gens, à l’époque, j’en croisais tous les jours, mais  en fait, je ne rencontrais pas grand monde finalement. Je rencontrais des corps. Des têtes, des voix, des voies, des matières et puis c’est tout. Les uns pour les autres, nous n’étions que ça. Pas plus que ça. Des têtes, ce genre de personnes qu’on connaît « de vue » ou avec qui on avait parlé une ou deux fois, par hasard. On se connaissait tous vaguement sans savoir nos prénoms respectifs. Je pense que si nous nous étions rencontrés dans un autre contexte, on se serait évités de peur de n’avoir rien à nous dire. Au bout de quelques mois seulement, les visages de ces personnes s’effacent déjà dans ma mémoire. Ils n’auront été pour moi qu’un passe temps pendant une pause. Et à ce jour, je doute fort  que mon souvenir erre encore dans leurs esprits.

J’ai toujours été fascinée par ces gens qui passent dans nos vies sans laisser de traces, ou à peine, moi qui ne conçoit pas les rencontres éphémères autrement qu’une base pour en faire quelque chose de plus consistant. Se faire des amis, pourtant, c’est de plus en plus difficile, surtout quand on conserve une réserve de départ, comme moi. J’ai parfois l’impression que le monde est fait pour les gens expansifs, entreprenants, extravagants. A côté de ces énergumènes, les autres paraissent fades et ternes, tout simplement parce qu’il faudrait plus de temps pour découvrir tout l’intérêt qu’ils peuvent avoir. Il faudrait plus de temps, ouais. Le souci c’est que personne n’en a pour personne, du temps.



Mot d’hiver


Ca arrive un matin comme un autre. T’es couchée dans ton lit sur un matelas posé par terre,  sur le flanc, contre le dos de ton copain. On est environ -15 minutes avant la sonnerie du réveil mais toi, t’as déjà les yeux ouverts. Tu te sens moyennement bien, t’es un peu malade en fait. Ta gorge, endormie par la nuit, commence déjà à brûler un peu. T’as le nez plus que bouché et heureusement que tu as ta bouche pour respirer… Le chat, comme tous les matins, lassé de dormir et de vadrouiller silencieusement dans l’appartement,  tourne entre vos têtes, ronronne, cherche les caresses, se couche sur ton visage,…cherche à attirer l’attention, sans doute plus pour avoir sa ration matinale de croquettes que par amour pour toi. Qu’il aille se faire voir ailleurs, tu ne bougeras pas. Pas encore, du moins. Soudain, sans crier gare, tu sens un truc te picoter le nez. C’est de plus en plus fort, de plus en plus intense et tu ne peux pas résister : tu éternues violement. Il ne faudra pas longtemps pour te rendre compte qu’en éternuant, t’as aspergé de morve l’épaule de ton chéri, qui râle pour la forme. T’espères, l’espace d’une seconde, qu’il pense que c’est de la salive et pas autre chose…mais t’as guère d’espoir là-dessus. Alors tu l’essuies du revers de la main. Et puis t’essuies ta main sur ton mignon débardeur rayé, celui avec les bretelles toutes fines et puis la dentelle bleue vers le décolleté. T’es blasée.

Deux minutes plus tard : ça recommence de plus belle, mais cette fois, t’as eu le temps de mettre tes mains devant ta bouche avant que le drame n’arrive à nouveau. Tu t’essuies encore une fois sur ton débardeur, rêvant d’avoir un mouchoir géant à disposition mais ayant trop la flemme pour te lever chercher un morceau de PQ ou n’importe quoi d’autre pouvant t’être plus utile qu’un débardeur (qui n’avait rien demandé). Tu te sens sale. Tu te sens crade. Et le réveil ne sonne toujours pas. Tu penses que t’as chopé la crève, tu ne sais où. Peut-être dimanche, chez ta grand-mère, malade, qui n’a pas voulu te faire la bise alors que vous avez respiré le même air pendant cinq ou six heures. Peut être tout simplement parce que t’as oublié de mettre ton écharpe, parce que t’as pas remis ta veste au bon moment l’autre soir, peut être à cause d’une histoire de courant d’air, de pyjama trop léger,…ou simplement d’un virus qui trainait. Tu penses aussi que t’as été bien inconsciente d’oublier ton manteau chez tes parents.

Dehors, malgré tout, la neige a fini par fondre et a laissé place à d’immenses flaques ou des rivières de boue, selon les endroits. Dans les champs, la terre bien noire pointe à nouveau le bout de son nez et le décor a perdu un peu de sa magie, c’est sûr. On se prend à rêver d’un peu moins de froid, juste un peu moins, juste assez pour délaisser les pantalons, manteaux et pulls qui rendent moches, contre des jupes avec collants, des vestes plus fines et de jolies chaussures à talons avec lesquelles on ne glisserait pas sur les trottoirs. Bientôt reviendra l’été et son soleil. Ses départs très originaux à la plage. Ses vacances. Et surtout, sa série de mariages pathétiques. Tout un programme. C’est fou comme le temps des éternuements passe vite.



Faux départ


Un déménagement, c’est toujours un faux départ. Un peu comme une nouvelle année qui commence.  On se dit qu’on part sur de nouvelles bases mais il n’y a pas grande chose qui change, finalement. Cette année, comme toutes les années, je n’ai pas pris de résolutions, et encore moins de bonnes. Cette année, comme toutes les années, je me suis sentie profondément triste, comme  en deuil des douze derniers mois. Enfin je dis ça, j’en sais rien, je crois que je m’en foutais un peu, je pense juste que les débuts d’année me mettent le moral en berne, comme ils peuvent rendre enthousiastes d’autres personnes. Janvier, ce faux départ, ne faisait ni chaud, ni froid. 2009 a été riche en changements, je ne vois pas ce que 2010 pourrait m’apporter d’autres, à part beaucoup d’argent. A part, un nouveau déménagement.

Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai déménagé. J’étais trop jeune. Je devais avoir un an à tout casser. Forcément, du coup, je ne me souviens de rien. Je sais juste que j’ai quitté une ville pour une autre…pour revenir dans la ville de départ, neuf mois plus tard. Mes parents n’avaient pas supporté Lyon. Les quatre ou cinq autres déménagements se résumèrent à passer d’une ville à l’autre. Maison, appart, location, puis mes parents ont refait construire et s’en tiennent toujours à cette même et unique maison. Pour combien de temps ? C’est donc seule que j’ai continué mes allées et venues. A Lyon, entre deux apparts, puis chez mon cher et tendre… A présent, c’est un déménagement de couple qui nous attend.  Une nouvelle ville, de nouvelles pièces, de nouvelles habitudes à prendre et des repères à acquérir. Moi qui avait fini par m’adapter à mon nouvel environnement, je l’abandonne pour ailleurs. La lassitude n’a décidemment pas le temps de s’installer.

J’ai toujours un peu plaint les gens qui n’ont jamais déménagé. Vous savez, les gens qui ont eu une seule maison. Qui ont grandit dans UN endroit. Qui ont eu UNE chambre. Leur décor, si peu changeant, me semble oppressant, limite triste et lassant. Moi, des chambres, j’en ai eu plein et les investir a toujours été une étape pleine de joie. Comme si, dans un nouveau décor, c’était un nouveau départ. Un nouveau départ avec plein de bonnes résolutions du genre de je rangerai tous les jours ma chambre pour qu’elle soit aussi belle qu’aujourd’hui. Et puis deux jours plus tard, c’était un bordel incommensurable. Mais la bonne volonté était là, l’enthousiasme aussi et même si, maintenant que je suis plus vieille et qu’à mes yeux un déménagement n’est plus aussi amusant qu’avant (plutôt chiant, à vrai dire), l’enthousiasme est pratiquement le même.

L’enthousiasme des débuts. Celui qui nous fait croire que tout va être parfait. Que cette fois, qu’entre ces murs, tout ira toujours comme sur des roulettes. On sera heureux. On doit l’être. Et on le sera, sans doute. Mais ça n’aura aucun lien avec les murs qui seront autour de nous. Déménager à moins de 80 kms de son ancien domicile, c’est une sorte de faux départ. On continue la même routine, on voit les mêmes gens puisqu’ils sont encore (plus ou moins) dans le secteur. On se retrouve limite aux mêmes endroits au même moment. Rien ne change et le nouveau prend vite des airs de déjà vu. Mais c’est comme ça. Ce n’est pas grave.

Cette fois, ce n’est pas un nouveau départ, c’est juste une suite logique un peu précipitée par des évènements dont je vous passerais le récit plus qu’ennuyant. Le fait est que je suis plutôt satisfaite, toute réflexion faite, de changer d’appartement. Et la vie suivra son court.  D’ailleurs, même si c’était en plaisantant, la dernière fois que je les ai vus, mes parents ont parlé de réaménager ma chambre. D’en faire un nouveau bureau. De monter leur vieille chaine hifi qui agonise dans un coin du garage. Après un moment de trouble, j’ai senti une sorte de sérénité par rapport à tout ça. Tant mieux s’ils réinvestissent les lieux, après tout, c’est leur maison et je ne vois pas en quoi cela pourra me gêner. Bien sûr, on va me dire ton détachement est lié à ce que tu évoques plus haut. T’as multiplié les lieux, tu ne sais pas ce que c’est, d’aimer être quelque part, d’y avoir de beaux souvenirs. Je dirais : faux ! Je sais ce que c’est d’être attachée à un lieu, même tout bête, même pas très beau. Un déménagement fait mal quand on part d’un endroit qu’on aimait beaucoup, et ça, je l’ai vécu. Avec du recul, j’ai juste compris que le décor n’est rien, qu’il ne prend une importance quelconque que parce qu’on y vit de jolies choses. Et ces jolies choses, elles sont possibles ailleurs. Alors on peut partir sans crainte.

[Ca coute rien de cliquer]



2009 est (presque) mort, vive 2010!


Quand on est jeune, le temps n’en fini pas de se trainer. Les années se ressemblent toutes un peu, coulées dans le même moule, à quelques détails près. Nouveaux profs, nouvelle classe, nouveaux camarades (et encore…) mais souvent même cadre, même environnement, même rythme. Les années collège puis les années lycée. Du pareil au même en plus ou moins pire, selon les cas. Quand on parle d’ « année », de nouvelle année, de recommencement d’un même cycle, on parle forcément en année scolaire avec en point de repère : le mois de Septembre. A la fac, rien ne change, ou presque. Les trimestres cèdent la place aux semestres mais les années des étudiants ne commencent toujours pas en Janvier.  Maintenant je suis vieille (mine de rien, 2010 sera l’année de mes 25ans, ce n’est pas rien) et j’ai fini mes études alors, doucement, je commence à penser comme les autres gens… et bientôt, à mes yeux, Septembre ne signifiera plus rien d’autre que la fin de l’été.

Même si je n’ai rien de spécial à raconter, je ne pouvais pas laisser 2009 se faire la malle sans laisser un dernier petit message sur ce blog que je gribouille depuis un an et demi. Durant les derniers douze mois de mon existence, je n’ai jamais aussi peu écrit sur le net, privilégiant d’autres supports, plus privés et des motivations qui dépassent l’envie d’écrire un peu ma vie sur le net. Ce début de mutisme virtuel n’est donc absolument pas dû aux multiples changements que j’ai connu dans ma vie…même si quelque part, ceci explique cela.

De 2009 je garde quelques petits détails, de grands faits, des images et des mots. Evidemment, la rencontre avec ShqM reste quand l’évènement le plus marquant, j’ose à peine dire « le plus important » car on va sans doute me reprocher d’exagérer un peu… Le fait est que, sans tout bouleverser pour autant, son entrée dans ma vie a changé bien des choses, pour mon plus grand bonheur, je ne  vais pas le cacher. Ensuite, une fin d’études supérieures, avec toutes les questions que cela engendre… Un concours de nouvelles gagné, une diffusion à plus grande échelle de ce que j’écris, la révélation publique de mon blog et de mes  écrits en général… moi qui avais l’habitude d’agir dans le plus grand secret.

Enfin, je crois qu’en 2009 j’aurais appris le vrai sens de l’expression « Y a que la vérité qui blesse ». Qu’importe ce que le reste du monde peut, ou pourra, dire de moi en bon ou en mauvais, leurs paroles n’auront pas d’impact sur moi tant qu’elles ne correspondent pas à la vérité. Je suis allergique à la flatterie et imperméable aux injures.  Et je n’ai évidemment rien à prouver aux gens qui m’indiffèrent.

Finalement, je gère.



D’eux à moi


La grippe A. La crise. La mort de Mickael Jackson. La grippe A. Les restos du cœur. Le froid-quand-même. Les SDF qui vont crever pendant les nuits hivernales. Le coma de Johnny. Le réchauffement climatique. La crise. La grippe-tout-court… Tout ça, oui, tout ça n’empêchera pas Noël d’arriver comme toutes les années. Tout ça n’empêchera pas les enfants d’attendre leurs cadeaux et les parents…de raquer sans recevoir la moindre reconnaissance de leurs charmants bambins. Faut croire qu’en effet, inexorablement, qu’on le veuille ou non, le 25 Décembre arrivera. Le 25/12, avec ses réunions de familles, ses personnes délaissées, son absence de neige, ses cadeaux et les déceptions qui vont parfois avec. Les retrouvailles, les disputes, les manques et la nostalgie des autres 25/12, ceux de son enfance. Ou pas.

Je ne me souviens plus vraiment de que c’était, de croire au Père Noël. Je crois seulement que j’ai, très tôt, eu des doutes. J’étais pas persuadée que toute la mascarade qu’on nous racontait était très possible. Depuis, j’ai souvent déclaré que Noël n’a plus tout à fait le même goût depuis qu’il s’étale devant mes yeux avec toute sa platitude. Finalement, pour les très nombreux non catholiques, Noël n’est qu’une fête commerciale de plus, le genre d’évènement qui a la valeur qu’on veut bien lui donner. Alors si pour certains, c’est à peine un jour plus important qu’un autre, pour d’autres, c’est surtout l’occasion de mettre les petits plats dans les grands et c’est surtout ce côté-là qui m’intéresse finalement. Parce qu’à la longue, Noël, ça peut être ennuyant. Chaque année, ça se passe tellement pareil. Chaque année, c’est tellement rythmé pareil que jamais, vraiment jamais, non jamais je me demande comment ça pourrait être, si c’était autrement.

Mes parents, au centre du tableau, représentent ceux autour desquels tout a tourné pendant bien longtemps. Tout, Noel, et tout le reste. Tout tournait avec eux et c’était ainsi, pas autrement. Impossible de lutter, impossible d’aller contre les habitudes, contre leurs lois qu’ils imposaient sans même y penser, comme tous parents. D’eux, j’ai reçu un pack complet avec plein de choses dedans. Des choses que j’ai immédiatement considérées comme normales, voire universelles. J’ai des repères, des réflexions et des valeurs qui ne sont que les miennes, car je les ai prises et apprises auprès d’eux. Il arrive parfois qu’en mettant les pieds dans une famille, je sois perturbée par d’autres habitudes, d’autres mœurs, d’autres vérités. Elles ne sont pas forcément meilleures ou pires, mais elles sont différentes et ça m’ouvre les yeux sur moi. Sur eux. C’est bizarre.

On m’enlèvera jamais de l’idée que tous, autant que nous sommes, on reste plus ou moins le produit d’une famille, le résultat d’une éducation, la preuve vivante de ce qu’on a mis dans le crâne, pendant notre enfance et même après. On aura beau me parler de la construction de l’être individuel, de la manière qu’on a de se détacher tôt ou tard, de clamer son identité, son indépendance, jamais on ne m’enlèvera de l’idée qu’on revient toujours aux mêmes idées. Qu’on ne peut jamais tout rejeter. Qu’on prend des habitudes, même minimes, des choses comme ça qui sont des signes, des preuves de là où on vient.

Aujourd’hui, de l’existence que j’avais avec mes parents, il ne reste plus grand-chose. Je n’ai pas le même mode de vie, pas le même décor, pas le même contexte. Je n’ai pas les mêmes obstacles, pas les mêmes valises à trainer, pas les mêmes espoirs. Je ne suis pas eux. Je ne suis pas mon père, je ne suis pas ma mère mais d’eux à moi, c’est du pareil au même. Quelque part, plus ou moins loin selon les situations, il y a un peu d’eux qui ressort. Dans ma manière de voir les choses, de parler de mon prochain, d’envisager, de réagir. Je reconnais leur empreinte et parfois, je le regrette.

Évidemment, on va me dire qu’on peut être une coincée dans une famille de dégénérés, aussi bien qu’une dégénérée dans une famille de coincés. En effet, je suis d’accord pour dire qu’on peut prendre le contrepied de, faire comme ci ou comme ça,… mais on fera toujours, même inconsciemment, un peu en fonction de ce modèle qu’eux, ils représentent, nos chers parents.
D’un certain côté, c’est rageant.



Méfiance et abandon


Ces dernières semaines, le peuple français semble être coupé en deux. Ce sont deux clans qui s’affrontent. Ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Ceux qui l’ont fait et ceux qui, jamais ô grand jamais, ne passeront à l’acte, selon leurs dires. Ceux qui s’en méfient et ceux qui y abandonnent leurs corps…Je parle bien sûr de la vaccination contre la fameuse grippe A, notre super copine, celle qui accompagne nos journées et nos cauchemars depuis un bon moment déjà. Celle qui aurait dû tous nous tuer depuis longtemps. Celle qui nous tuera, surement. Du moins, c’est ce qu’on tente gentiment de nous faire croire. C’est comme toujours, sous couvert de nous « faire du bien », de s’occuper de nous, on nous crée de faux besoins et de faux impératifs.

Autant je suis d’accord sur le fait que cette maladie peut se révéler dangereuse sur les gens déjà faibles (comme toute autre maladie, finalement), autant je reste septique sur le bien fondé de tous passer par la « case piquouse ». Je ne poserai pas une nouvelle pierre sur le grand mur de la « théorie du complot » que certains se plaisent à construire, mais quand même. Quand même. J’ai quand même l’impression qu’on tente de nous faire peur, de nous impressionner avec des estimations, des chiffres et des blablas qui, au final, ne sont que du vent. Derrière tout ça, une question toute bête perdure : il faut, ou pas ?

Les pro-vaccins te diront évidemment OUI ! Les suspicieux te diront à quoi bon. Au milieu de ça, que faire ? que dire ? qui entendre ? vers qui se tourner ? J’ai envie de dire que ce  qui est bête, quand on a le choix, c’est qu’on n’arrive jamais trop à choisir… De là à dire qu’IMPOSER les choses, ça rend la vie plus facile, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais évidemment pas. A mes yeux il est pourtant clair que l’heure du vaccin n’a pas encore sonnée, et évidemment, cela n’engage que moi. Cet avis est sans doute grandement dû au fait que cette histoire ne m’angoisse absolument pas.

Annoncez-moi que la 3ème Guerre mondiale va éclater et que tous nos chéris d’amour, nos copinous mâles et nos papounets seront réquisitionnés pour aller se battre. Là, j’aurai peur.

Annoncez-moi qu’une grosse épidémie de peste va s’installer en Europe, qu’on va rouvrir les fosses communes, que nos corps purulents s’amasseront dans les rues et que des brasiers géants seront visibles à des kilomètres… Là, j’aurais peur.

Là, j’ai surtout l’impression qu’on cherche à nous foutre la loose intersidérale et à nous faire croire que se faire piquer, porter un masque, tout ça, ça va nous sauver. Je pense que les problèmes de santé sont quand même ailleurs. Pendant qu’on flippe, le temps passe, et l’énorme épidémie qui devait s’abattre sur nous en Septembre n’arrive pas. Pendant qu’on flippe, tous les jours, y a des gens qui découvrent qu’ils ont atteint d’un cancer ou du sida, mais on en parle plus vraiment, du moins pas autant, car c’est du déjà vu. Pendant qu’on flippe, dans le Tiers monde, y a des gens qui crèvent la gueule ouverte à chaque seconde, mais ça, tout le monde s’en tape comme de son premier string. Forcément, cela ne nous concerne pas et aider l’autre n’a jamais été très rentable.



A vendre


Il y a des gens qui ont un rapport quasi fétichiste aux livres. Quand ils en achètent, ils trainent longtemps dans la librairie, laissant porter leur choix sur celui là, le reposant pour un autre, revenant à leur premier choix…Il ne faudrait pas se tromper. Il ne faudrait pas faire une erreur. Des livres, ils en achètent parfois mais ne s’y plongent jamais immédiatement. Au contraire, ils trainent, ils examinent, ils imaginent. Enfin, ils ouvrent le sacré bouquin, mais jamais n’importe quand ni n’importe comment. Il faut choisir le bon moment, le bon contexte, un moment bien. Ce genre de moment où t’es tranquille au calme, l’esprit reposé et libre de toutes les pollutions de la vie quotidienne. Un livre qui compte peut donc rester longtemps sur son étagère…

Il y a des livres dont on prend soin, des livres qui nous ont coûté cher, des livres qu’on va adorer, qu’on adore et qu’on veut garder presque intacts, beaux… Et puis ceux qu’on aime bien, beaucoup, terriblement mais qui sont et resteront, à nos yeux, des LTT (livre tout terrain). Mes LLT ce sont souvent des LDP (livre de poche) et j’en fais vraiment absolument ce que j’en veux. Bien sûr, on va dire que c’est évident : un LDP coutant bien moins cher qu’un GBLJP (grand beau livre juste publié), alors on se sent plus libre de le « gâcher », on en prend moins soin. Je dirais CERTES. Certes, un LDP est toujours moins cher qu’un GBLJP, mais de nos jours il est difficile d’en trouver un correct à moins de six euros. Vous allez me dire, six euros c’est que dalle…CERTES. Oui, CERTES, mais quand on n’est pas bien riche et qu’on en veut plein, de LDP, on fait comment ? On les vole ou bien on s’abonne à une bibliothèque de quartier où, une fois sur une, environ, on ne trouvera pas ce qu’on veut ?

Ben non, on fait des choix.

« Je conclus, pour me présenter, que la télévision permet à tous et chacun de se consoler avec des atrocités sans compter. Il y a cinquante mille éthiopiens qui viennent encore de mourir de faim, pour détourner notre attention, je sais, mais ça ne fait pas de l’effet, je veux dire, je me sens aussi malheureux qu’avant. C’est mon côté monstrueux ».


Le dernier GBLJP que j’ai acheté, c’est Mauvaise fille, de Justine Lévy. Justine Lévy, c’est la fille de BHL. Justine Lévy, elle n’a publié que trois romans. Rendez-vous, Rien de grave et Mauvaise fille, bien entendu. J’ai commencé par le second, que j’ai adoré. J’ai enchainé par son premier, que j’ai trouvé assez niaiseux. J’ai acheté son dernier, que j’ai sur-adoré. Cette cruauté, cette tendresse, ces regrets, ces bons souvenirs…tout ça au sujet de sa mère, cette mauvaise mère qui a fait d’elle une mauvaise fille, ou bien le contraire. On ne saura jamais vraiment.

« Le truquage, il y en a marre. J’ai parfois l’impression que l’on vit dans un film doublé et que tout le monde remue les lèvres mais ça ne correspond pas aux paroles. On est tous post-synchronisés et parfois c’est très bien fait, on croit que c’est naturel ».


Mes LDP, je les traine dans mon sac à mains, pas dans ma poche, ils ne rentreraient pas. Mes LDP je les surligne souvent de fluo pour me souvenir des phrases que j’aime bien, des répliques qui me font sourire ou que je trouve émouvantes ou juste bien tournées. Parfois, je pousse le vice jusqu’à les noter sur un petit carnet, à part, ces petites citations. Ca les sort de leur contexte mais rarement de leur beauté, enfin du moins, de la beauté que je leur trouve et j’aime bien les avoir toutes avec moi. Ca ne sert absolument à rien mais cela fait partie des choses que j’aime bien faire quand je n’ai rien de spécial à faire, à c’est-à-dire souvent.

« C’est ça, justement, l’espoir, c’est l’angoisse incompréhensible, avec pressentiments, possibilités d’autre chose, de quelqu’un d’autre, avec sueurs froides. On ne peut évidemment pas crever de peur sans avoir des raisons d’espérer. Ca ne va pas sans l’autre ».


C’est difficile d’être fidèle à un auteur, c’est vrai. Du côté des vivants, ils sont trop nombreux et sortent leurs bouquins tous au même moment. Les couvertures, se voulant originales et modernes se ressemblent toutes et les noms d’auteur nous évoquent rarement quelque chose à part un honteux « c’est qui ? ». Du côté des morts, c’est mort. C’est figé, forcément. Ca sonne « grand classique ». Ca fait penser à de mauvais souvenirs, des souvenirs d’école, de commentaires composé, de dissertations, de cours de français. Néanmoins, je suis la reine de la fixette. Après m’être focalisée sur Marguerite Duras à 19 ans, j’ai décidé que Boris Vian était mon auteur préféré et j’ai lu. Beaucoup. Puis j’ai découvert Romain Gary. J’attends qu’on le détrône, pour le moment je n’aime que lui.

« Ils vous disent la vérité ces salauds-là, comme ça, froidement, vous n’avez même pas de tonalité, rien, et ils font même campagne contre les bordels à cause de la dignité humaine, qui est apparemment une affaire de cul ».


Gros-câlin, (le dernier Romain Gary que j’ai acheté et dont sont tirées toutes les citations de cet article) c’est l’histoire d’un mec seul en plein Paris. D’un mec simple en quête d’amour. Un peu amoureux d’une collègue de travail mais seul quand même. Un mec un peu bizarre en fait, totalement décalé, qui confond ses propres rêves et la réalité. Mais un mec trop lucide, d’un certain côté. Alors ce mec, un jour, il ramène un python d’un de ses voyages. Le python, il l’appelle Gros-câlin parce son python et bien il s’entoure souvent autour de lui pour lui faire un câlin. Quand son python le serre entre ses anneaux jusqu’à l’étouffer un peu, le narrateur se sent bien, il se sent aimé, il a l’impression que ce sont deux bras autour de lui. Des bras aimants. Du coup, il se sent moins seul.

« L’amour est peut être la plus belle forme du dialogue que l’homme a inventé pour se répondre à lui-même »


J’ai presque terminé Gros-câlin dans le train. Presque. Je me suis arrêté avant la dernière page parce que je ne pouvais pas refermer le roman dans un tel endroit. Ca manquait de romantisme, ça manquait de beauté. Loin, mais pas si loin, dans le wagon d’à côté, j’avais vu un mec et deux filles, style racaille, se poser dans des sièges en rigolant. Puis ils ont allumé leurs clopes et se sont mis à fumer, comme si c’était normal. J’ai eu un peu honte de moi, j’me suis dit ça te fait chier, ma petite, qu’ils fument et puis c’est l’endroit et pourtant tu dis rien. Tu dis rien, t’es comme tout le monde, tu fermes ta gueule. T’es faible. Et puis j’ai pensé que même si je disais quelque chose, ça ne changerait rien. Si je disais quelque chose, je me ferais traiter de salope ou de quelque chose comme ça. Si je disais quelque chose, au final, ça allait m’énerver pour la journée alors à quoi bon…

Deux arrêts plus tard, je descendais de toute façon.

J’ai suivi une des deux filles dans la rue. Sans faire exprès. Elle avait quitté le train au même moment que moi. Nous allions du même côté. Quelques trottoirs plus loin, elle traversa la chaussée pour aller pousser une lourde porte en verre. Tout en haut du bâtiment, une pancarte rouge signalait que le dernier étage était à vendre.

J’ai passé mon chemin, j’avais seulement 1€20 sur moi.



Relativisation


Il y a quinze jours je suis tombée en pleine rue. Bêtement, évidemment. Un pied est parti dans un sens, et le genou de l’autre jambe m’a réceptionnée à terre, la faute à mes ballerines trop lisses et glissantes que j’adore et que je continue à mettre, malgré tout. On est parfois bête d’être trop sentimentale. Résultat : un genou droit complètement explosé et un jean (protecteur) imbibé de sang à l’intérieur. Mais j’ai quand même pris mon train. Toutes les cinq minutes je décollais le tissu de la plaie, par peur que cela sèche et colle… C’était LE drame. Pendant les trois ou quatre heures qu’à duré mon périple, je me suis sentie totalement handicapée. J’avais mal sans bouger, j’avais mal en bougeant. Monter, et surtout descendre les escaliers se révélait être une vraie mission. Bref, j’étais totalement handicapée. Vraiment handicapée même si mon mal, ô combien sommaire et risible, se réduisait à peu de choses.

Ben voilà, un « peu de choses » ça peut faire tout basculer. Une simple petite mission à la vraie ville est devenue le pire des calvaires, surtout qu’à mon genou s’ajoutait la honte d’être tombée comme une gamine dans une cour d’école. C’est toujours quand on est malade, mal dans sa tête ou dans son corps qu’on réalise que c’était mieux avant. Que quand « y a rien », c’est bien. Sauf que c’est comme beaucoup de choses, on se rend compte que c’était bien…juste au moment où c’est terminé. Quoiqu’il en soit, les petites contrariétés de ce genre ne durent, dieu merci, jamais longtemps. En parcourant les quelques mètres qui me séparaient de l’arrêt de tram, j’ai quand même loué mes jambes, qui me portent tous les jours et puis le reste. Finalement, ce n’est pas si mal de marcher, je m’en rappellerai peut être la prochaine fois que les transports en commun seront en grève !



Protégé : Des années laissées pour mortes


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Protégé : L’inertie du mouvement


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